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Décès de Gilbert Roth

Gilbert, président du CIRA Limousin est est décédé dans son sommeil, le 14 avril au siège du Cira Limousin.

Son incinération a lieu lundi 20 avril 2015 à 11 h 30, au cimetière de Landouge, près de l’aéroport de Limoges (Le Cavou, Landouge, 87100 Limoges, 05 55 01 96 03).

Le CIRA de Marseille où Gilbert était aussi très investi lui rendra hommage, en buvant un verre, au local du CIRA (50 rue Consolat, 13001 Marseille) le samedi 25 avril à partir de 19 heures.

Gilbert, solidaire à fond la caisse !

Né le 3 juin 1945, Gilbert Roth était président du CIRA-limousin, anarchiste d’avant 1968, petit fils d’Attilio Cini (1868-1926) un anar de 1903 dont il avait retrouvé la fiche de police. Il n’appartenait pas à la tendance végétarienne : il n’aimait pas les pissenlits par la racine, c’est pourquoi ses amis se sont retrouvés le 20 avril 2015 à Landouge, pour faire le bourrage d’une urne.

En 2008, il fonde, avec quelques amis, ce Centre international de recherches sur l’anarchisme car, pour lui, le Limousin avait été un si extraordinaire terreau libertaire qu’il était important de faire partager cette belle mémoire à des habitants qui l’oublient. Il prévoyait, par ailleurs, que la place pour stocker la documentation allait manquer à Marseille et qu’elle coûterait bien plus cher qu’à Limoges.

Gilbert aura mangé plus de kilomètres que Sébastien Faure, pour des conférences, pour des salons libertaires (dont Gand, où il aurait voulu être samedi dernier, mais aussi Florence, Saint-Dié, Nancy, Paris, Cuisery, Lyon, Toulouse, Pau, Limoges, etc.) et pour livrer l’excellent Grave de Vayres (vin de Bordeaux de la cuvée Élisée Reclus, qu’il avait découvert et utilisait comme source de financement de l’association). S’il a dépensé une telle énergie, c’était avant tout parce qu’il savait combien était précieux et irremplaçable le contact humain, en particulier pour rompre la solitude des plus vieux des anarchistes.

Corollaire, il connaissait tous les chefs lieux de canton de l’hexagone et toutes les capitales des pays du monde, de quoi faire rougir de jalousie les candidats au jeu des mille euros.

Encyclopédique comme Proudhon, barbu bouillonnant comme Bakounine, géographe comme les frères Reclus, féministe comme Louise Michel, non clérical comme Lorulot et non militariste comme Lecoin, au nom de tous les mouvements libertaires, il avait rejoint René Bianco en 1998 et participé avec tant d’ami/e/s à l’accumulation d’incroyables trésors de documentation (plus de 7 000 ouvrages et des archives du XIXe siècle se trouvent au CIRA de Marseille). Il nous représentait à la FICEDL (Fédération internationale des centres d’étude et de documentation libertaires) et restait attentif à toutes les initiatives émancipatrices dans le monde entier.

Gentleman cambrioleur retraité en référence à Marius Jacob, pour soutenir les GARI (Groupes d’actions révolutionnaires internationalistes) sous Giscard, il avait participé à l’enlèvement spectaculaire revendiqué par le GARROT (Groupe d’action révolutionnaire occasionnellement terroriste) du Juan Carlos en cire, au musée Grévin.

Gilbert savait presque tout faire, chauffeur de taxi, il avait même animé une SCOP informatique en Île-de-France et été acteur dans le film de Pierre Carles et Gérard Minangoy Ni vieux ni traîtres.

Il était « une de ces rares personnes si empathiques que l’on sait au premier contact qu’elles sont vos camarades » écrit Tristan depuis l’Union pacifiste de France, dont il était aussi membre de longue date.

Ses voitures ont toujours été remplies de livres et de bon vin : il avait lancé la cuvée des Acrates et même animé un stage d’œnologie au château de Ligoure, ce lieu magique du Limousin, où il ne sera pas oublié.

Il ne supportait pas l’inhumanité des hôpitaux et la rapacité des lobbies de la santé : Il était pour l’euthanasie et voulait mourir dans la dignité.

Gros amateur de petits cigares, il avait probablement conscience que le cancer le rattrapait depuis trois semaines (il ne retenait plus de nourriture solide et avait perdu 15 kg). Il a alors entrepris sa dernière tournée, que la camarde est venu interrompre dans son sommeil à l’aube du 14 avril 2015, au 58, rue du Chinchauvaud, siège du CIRA-LIMOUSIN, lieu qu’il appréciait comme un havre de paix.

Il tenait à animer la conférence de ce mercredi 22 avril, à la BFM, qu’il avait voulu pour lutter contre la réapparition du fascisme en France. Il avait prévu d’y amener Christian Pataud, qui donnera son témoignage d’anarchiste sur la libération de Limoges.

Enfin, il avait réservé le château de Ligoure pour y organiser la IVe librairie champêtre libertaire, qui s’y tiendra les 12 et 13 septembre 2015.

Ces derniers jours, il pleurait plus que nous : après son opération « cataractérielle », l’ophtalmo de La Timone lui avait ordonné de se rincer l’œil ad libitum.

Il y a tant de gens qui ne savent pas encore qu’ils sont anarchistes, que des hommes comme Gilbert Roth, ne peuvent pas mourir, ou sinon c’est bien là une treizième preuve de l’inexistence de dieu.

Jean-Louis Nicquevert et René Burget
CIRA-Limousin, le 17 avril 2015 (texte destiné à L’Union pacifiste)

P.-S.

Gilbert Roth (photo par Éric Coulaud, octobre 2012 au CIRA Marseille)
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